vendredi 25 mars 2011

Promenades parisiennes (3-F)


Cet article fait partie d’une série consacrée au séjour parisien de Gabriela Zapolska (1889-1895), rédigée à l’occasion d’une exposition consacrée à cette femme de lettres, journaliste et actrice (Musée de la Littérature, Varsovie, d’avril à juin 2011).

S’adressant à un public dont les références et les attentes diffèrent parfois, cette version en français (1-F, 2F…) ne reprend pas exactement ce que l’on trouve dans la version polonaise (1-PL, 2-PL…), publiée il y a quelques semaines. On remarquera par ailleurs que plusieurs extraits sont déjà disponibles sur ce bloc-notes, depuis mi-2009 (parfois même depuis fin-2008) : ils avaient servi d’introduction à une lecture-spectacle sur ce même sujet, début septembre 2009, à l’Entrepôt, à Paris.

Artykuł ten dotyczy pobytu Gabrieli Zapolskiej w Paryżu miedzy 1889 i 1895 rokiem i jest jednym serii, którą opublikuję w niniejszym blogu, w wersji polskiej (1-PL, 2-PL… w lutym) oraz francuskiej (1-F, 2-F…), pisany z myślą o wystawie poświęconej Zapolskiej pisarce, aktorce i dziennikarce (Muzeum Literatury, Warszawa, od kwietnia do czerwca 2011 r.).

Paris vu de la Butte Montmartre
Il me fallait voir la Basilique du Sacré-Cœur dont les travaux se poursuivent au sommet de la Butte Montmartre. Me voici donc au milieu des échafaudages. Je les contourne et je me trouve sur un plancher en bois qui avance dans le vide comme une grande plate-forme. Devant moi, une mer de cheminées, de toits, d’arcs de triomphe… Derrière moi, comme une fiancée soudainement figée dans une pierre, énorme, blanche et majestueuse, la basilique de Montmartre domine la ville.

En ce moment précis, s’étendent à mes pieds les terrasses de Montmartre, que délimitent des poteaux jaunes et gris, aux teintes dorées mais atténuées. Je suis presque seule devant ce vide que la ville géante occupe de tout son corps. Le soleil se couche lentement. Aux alentours, règne un silence pénétrant, mystique… tandis que, comme portés par une ondulation de l’air, des hurlements incompréhensibles provenant du ventre de Paris, là-bas au loin, viennent échouer, vague après vague, au pied du sanctuaire.

Au premier plan, en partant du bas de la Butte, se trouve une masse de maisons étroitement entremêlées, dont on ne distingue qu’à peine les contours flous et la marque qu’y font les taches de verdure des arbres. Le plan suivant se perd dans une poussière couleur rouille qui s’élève, tel un poison qu’exhalerait le corps de la ville. Et au-dessus de tout cela, comme autant de phares, qui émergent de l’écume des vagues, surgissent soudain les tours noires de Notre-Dame, la scintillante flèche d’or des Invalides, l’ossature de la Tour Eiffel, Sainte Clotilde, le Panthéon, le Val de Grâce, Saint Sulpice et tant d’autres.

Au pied de la Butte, flotte un drapeau aux couleurs vives, tout neuf, désinvolte. Tout près, une cheminée d’usine arbore fièrement une couronne dorée. Au dessus de ma tête, des cerfs-volants bringuebalent de droite à gauche, comme de monstrueux papillons qui se seraient échappés de leur prairie. L’un d’entre eux est tombé dans un enfoncement de la partie haute de la basilique. Il s’est tapit là dans une niche vide, tache vert clair sur le fond pâle de la pierre.

Aristide Bruant dans son cabaret
Un jour, un ami m’a demandé :
– Voulez-vous rencontrer Aristide Bruant ?
Je voulais le rencontrer, ce célèbre Aristide Bruant qui chante la misère.
– Mais est-ce bien lui qui va me chanter A Saint Lazare ?
– Il va le chanter !
– Et Sur l’trottoir aussi ?
– Il le chantera aussi.
– Alors, on y va !

Comme un gémissement de vent d’automne dans les rues sombres et humides de Paris, par-dessus les lumières incertaines du gaz des réverbères, on entend de temps en temps une note terrible et prolongée. Un voyou qui traînaille se met à brailler un couplet tandis que – tel un chien blessé, par-dessus les arbres lugubres qui bordent les boulevards vides – retentit maintenant un deuxième braillement, une deuxième strophe :
C’est de la prison que je t’écris,
O Mon pauvre Hippolyte.

Vers le ciel noir qui vire vers des tons rougeâtres, un gémissement animal monte à son tour en tremblotant :
A Saint-Lazare !

Venant de l’asphalte boueux marqué par les pas mal assurés de chaussures mouillées et par le bruit des talons déformés, un autre gémissement animal se fait entendre en écho, venant comme du dessous d’un catafalque où on aurait mis un cadavre à moitié dévoré par des loups affamés :
A Saint-Lazare !...

Tout y est, dans les chansons de Bruant : et la corruption, et la décomposition qui touche les prolétaires qui grouillent dans les passages nauséabonds des banlieues. On y trouve aussi les pleurs des enfants adultérins abandonnés comme des chiots, le gémissement de la jeune fille abusée, la voix à peine audible d’une femme affamée, des lueurs de couteaux en action, l’attente déchirante d’une misérable derrière les barreaux, le claquement de dents d’un mendiant frigorifié.

En un mot – ce chant résume tout le malheur de ces innocents et de ces perpétuellement affamés, dont le seul futur est le cercueil. De ceux qui, de Montmartre jusqu’à la Glacière, telle une légion bien entrainée qui avance en ordre de bataille, sont toujours prêts à répondre à l’appel du crime, leurs nerfs dansant la sarabande, la crampe à l’estomac, le cerveau vide, fixant le chiffon rouge qui s’agite devant leur yeux saturés par l’absinthe.

A peine rentrée au cabaret, la foule des invités s’est levée et m’a entourée. Un hurlement effrayant a retenti :
Oh-la-la, c’te gueule, c’te binette, Oh-la-la, c’te gueule qu’elle a !...
Et tout à coup, comme sur commande, ils ont tous tordu leurs mains jointes vers le bas, en signe de commisération :
Oh ! Qu’elle est pâle !…

La porte s’est soudain ouverte. Sur le seuil, un homme trapu, une écharpe rouge autour du cou, les yeux mi-clos, a commencé d’une voix éraillée :
C’est de la prison que je t’écris,
O mon pauvre Hippolyte…

Après un moment, Bruant a entonné une autre chanson :
A Montparnasse !…

Les serveurs distribuaient des bocks de bière en faisant du bruit avec des soucoupes. Les invités criaient, hurlaient, s’injuriaient. Il y avait sans cesse quelqu’un qui entrait en faisant claquer la porte. Le gaz vacillait avec des à-coups tandis que Bruant continuait de chanter les yeux mi-clos en faisant des pas de faible amplitude, en produisant des sons inhabituels, gutturaux, ou comme d’un nanti. J’avais du mal à reconnaître la chanson que j’avais entendu retentir dans le silence de la nuit – celle qui m’avait souvent tirée de mon sommeil, et dont l’écho, telle une berceuse, revenait à la charge, entêtée et maladive...

Et j’ai été étonnée de voir que, après le chant, il est venu avec une soucoupe pour ramasser des sous. Dans ce cabaret où, désormais, le Tout-Paris intelligent, raffiné et élégant vient écouter ses chansons, je n’avais pas de mot pour ce commerce de la misère des autres. Au moment de mon départ, il s’est incliné en disant :
Bonsoir, Madame !

La porte franchie, j’ai entendu encore ce chant rigollot :
Tous les clients sont des cochons, la fari don daine, la fari don-don…

En rentrant, j’ai tendu malgré moi l’oreille pour savoir si, dans le lointain, me parviendrait la voix enrouée d’un miséreux affamé et frigorifié qui, chanterait des airs de Bruant. J’attendais, en écoutant, qu’un gémissement me parvienne des noirceurs de Rochechouart ou des hauteurs de Montmartre, ce gémissement animal qui vous prend aux tripes… Mais les miséreux se sont tus, ils se cachaient dans des recoins. Il n’y avait que le vent pour agiter des branches dénudées et pour étirer des ombres incertaines au travers des rayons jaunes des réverbères.

jeudi 24 mars 2011

Promenades parisiennes (2-F)


Cet article fait partie d’une série consacrée au séjour parisien de Gabriela Zapolska (1889-1895), rédigée à l’occasion d’une exposition consacrée à cette femme de lettres, journaliste et actrice (Musée de la Littérature, Varsovie, d’avril à juin 2011).

S’adressant à un public dont les références et les attentes diffèrent parfois, cette version en français (1-F, 2F…) ne reprend pas exactement ce que l’on trouve dans la version polonaise (1-PL, 2-PL…), publiée il y a quelques semaines. On remarquera par ailleurs que plusieurs extraits sont disponibles sur ce bloc-notes, depuis mi-2009 (parfois même depuis fin-2008) : ils avaient servi d’introduction à une lecture-spectacle sur ce même sujet, début septembre 2009, à l’Entrepôt, à Paris.

Artykuł ten dotyczy pobytu Gabrieli Zapolskiej w Paryżu miedzy 1889 i 1895 rokiem i jest jednym serii, którą opublikuję w niniejszym blogu, w wersji polskiej (1-PL, 2-PL w lutym) oraz francuskiej (1-F, 2-F…), pisany z myślą o wystawie poświęconej Zapolskiej pisarce, aktorce i dziennikarce (Muzeum Literatury, Warszawa, od kwietnia do czerwca 2011 r.).

Formation théâtrale en français
J’ai suivi des cours de diction chez Sylvain et Vernon du Conservatoire, puis chez Talbot, et au Cours Rudy. C’est avec Mary Samary, la sœur de la célèbre Jeanne Samary de la Comédie Française, qu’il me semble que je fais désormais le plus de progrès. Elle veut me présenter à l’Odéon pour un rôle de soubrette qui reste à pourvoir – Dorine ! Je travaille les rôles de Clytemnestre, de Lucrèce Borgia, de Phèdre. Mes professeurs me trouvent un emploi de tragédienne ! Samary et Worms me poussent à jouer – comme cette Agar, qui avait débuté dans des petits théâtres avant d’être, enfin, engagée à la Comédie Française ! On me dit : Va faire ton apprentissage ! Joue !, Joue sur une vraie scène !

Que la langue française est difficile ! Je parle de celle pour la scène ! Au Théâtre Saint-Martin et à Déjazet on joue des petites pièces. Je vais tenir le rôle d’une Dame. Samary m’a aidé à l’apprendre et elle m’a offert des bas noirs en dentelle – ceux de sa sœur, Jeanne. Cela devrait me porter la chance. Dans la pièce il n’y a que quatre personnages : le mari, la bonne, l’amant et moi. Après chaque répétition, je perds courage. C’est un rôle trop grand pour moi ! Je reste seule sur scène et j’ai des monologues longs de 20 vers. Après des nuits d’angoisse à faire des exercices de diction et à répéter le texte, je me suis fait réprimander par le metteur en scène. Cela m’a fait monter les larmes aux yeux, car j’ai prononcé blague au lieu de bague. Comment connaître de telles nuances ! Pendant ces quelques jours, j’ai perdu l’appétit et le sommeil. Et lorsque le débit du texte est rapide, mon accent sort comme le diable d’une boite !

Antoine et le Théâtre Libre
Je me suis rendue chez Séverine, la grande journaliste, au Cri du Peuple, et dans Gil Blas. Elle habite sur les Grands Boulevards. Nous avons sympathisé et c’est elle qui m’a présenté à Antoine – le directeur du Théâtre Libre. Antoine est très sympathique, doux, intelligent et très féru de compliments. Il m’a dit : Mon Dieu ! Je ferai tout mon possible pour vous défaire de votre accent ! Il m’interdit de parler le polonais ! Je travaille tranquillement au Théâtre Libre. Un soir, je joue une bonne et j’ai deux mots à dire, un autre soir, je joue un rôle plus important. C’est comme ça qu’on fait ici et il n’y a pas à répliquer !

Au mois de mars, je vais jouer la princesse Danesco – une Roumaine – dans la pièce Simone de Louis de Gramont. C’est un rôle important et original : celui d’une hystérique morphinomane. Stefka Feindkind, ma compatriote et médecin, va me donner des informations d’ordre médical d’après l’étude clinique des morphinomanes ! Antoine m'a aussi donné un rôle de 300 lignes dans une pièce de Paul Bourget. Je joue une paysanne normande et je parle avec un accent normand, facile à reproduire…

Au Théâtre Libre, j’ai fait la connaissance de comédiens comme George Grand, Henriot, Ancey, Irma Pierrot… Antoine a licencié Henriot, parce qu’elle flirtait avec Grand. Je ne savais pas qu’il considérait le théâtre si sérieusement et si sévèrement. Il m’a dit : Je veux des femmes sérieuses. J’ai ouvert de grands yeux. C’est peut-être le premier directeur qui, à Paris, se comporte ainsi à cause d’une telle histoire.

Et si avant la première d’une pièce, son propre père avait quelque chose à lui demander, il l’aurait mis dehors. J’ai été témoin de ce que, pendant une des répétitions, ayant vu à l’entracte, Edmond de Goncourt et Richepin sur la scène, il s’est élancé vers eux comme un fou en hurlant : Monsieur de Goncourt, foutez-moi le camps d’ici. Et Goncourt s’est exécuté.

Plus d’une fois, j’ai assisté à des répétitions au Théâtre Libre : cela se passe dans une immense salle éclairée par huit becs de gaz. Contre les murs, il y a des sofas rouges, et une multitude de coussins. A gauche, un tableau noir sur lequel les heures de répétition et les titres des pièces sont marqués à la craie. Sur les sofas et sur des chaises, une dizaine de personnes sont assises, immobiles et silencieuses. Des femmes coiffées à la Rachel et des hommes, un peu pâles, à la barbe rasée, assistent à la répétition.

Dans ce silence presque religieux, la voix d’une femme dit une tirade, longue et passionnée, lorsque, d’un coin de la salle, s’élève une voix au timbre étouffé mais autoritaire : Nom de nom… Taisez-vous ! L’actrice se tait, comme arrêtée par une force invisible. Une silhouette d’homme apparaît dans la clarté : c’est Antoine. Interrompue un moment, la répétition continue. Antoine intervient désormais plus fréquemment. Il jette quelques mots, suggère une intonation de la voix. D’un geste, il rassemble, puis disperse le groupe d’artistes, en observant une logique stricte, en créant des situations simples, en sculptant ce bloc brut que constitue chaque pièce nouvelle destinée à en passer par les rouages de la scène. Les actrices doivent s’habiller de robes simples. Antoine les dépouille des parures inutiles. Elles se présentent devant le public habitué aux toilettes de Worth et de Félix. La simplicité, la simplicité – c’est le mot-clé ici.

Un jour, j’en suis sûre, une statue d’Antoine sera érigée sur une des places de Paris.

Répétitions pour Simone
Je répète le rôle de la princesse Danesco dans la pièce Simone. Mon accent ne dérange pas, et au contraire, il sert le personnage. Je n’ai plus de trac et j’attends même la première avec impatience. Antoine m’a fait des compliments devant tout le monde. Il m’a dit : Vous aurez un très grand succès… d’ailleurs vous le méritez. Je lui ai demandé : Dites, bien franchement, trouvez-vous que j’ai du talent ? Il m’a répondu : Beaucoup ! Dans un an vous perdrez votre accent, et vous serez une grande artiste. Je suis très contente. Dans quelques jours, donc, je serais sur scène ! Quel travail ! J’ai parfois répété 300 fois le même mot ! Cela a pris du temps mais cela donne des résultats ! Je ne sais pas comment le public va réagir.

Au premier acte, je vais porter une robe couleur d’héliotrope en velours, un boa en angora, un manchon en velours, un chapeau en forme de bonnet, couvert de sequins et une aigrette en plumes, couleur orange. Au deuxième acte – j’aurai une robe gris-perle, claire, couverte de dentelles blanches de Venise – de Burano – et bordée de rubans blancs en velours, un grand chapeau en dentelles de Venise lui-aussi, agrémenté de fleurs de pavot, couleur gris-perle et de rubans blancs en velours. Pour le troisième acte – la robe sera noire, en soie, avec un corsage en tulle noir, paré des rubans jaunes, et j’aurai un parapluie noir. Ces habits sont très jolis et assez modestes, mais distingués. Rzewuski et Makowski, mon cousin, m’ont avancé de l’argent à cette occasion.

Promenades parisiennes (1-F)



Cet article fait partie d’une série consacrée au séjour parisien de Gabriela Zapolska (1889-1895), rédigée à l’occasion d’une exposition consacrée à cette femme de lettres, journaliste et actrice (Musée de la Littérature, Varsovie, d’avril à juin 2011).

S’adressant à un public dont les références et les attentes diffèrent parfois, cette version en français (1-F, 2F…) ne reprend pas exactement ce que l’on trouve dans la version polonaise (1-PL, 2-PL…), publiée il y a quelques semaines. On remarquera par ailleurs que plusieurs extraits sont disponibles sur ce bloc-notes, depuis mi-2009 (parfois même depuis fin-2008) : ils avaient servi d’introduction à une lecture-spectacle sur ce même sujet, début septembre 2009, à l’Entrepôt, à Paris.

Artykuł ten dotyczy pobytu Gabrieli Zapolskiej w Paryżu miedzy 1889 i 1895 rokiem i jest jednym serii, którą opublikuję w niniejszym blogu, w wersji polskiej (1-PL, 2-PL w lutym) oraz francuskiej (1-F, 2-F…), pisany z myślą o wystawie poświęconej Zapolskiej pisarce, aktorce i dziennikarce (Muzeum Literatury, Warszawa, od kwietnia do czerwca 2011 r.).

Zapolska arrive à Paris
Le train avance, comme une bête à bout de souffle qui se rapproche de son gîte. Il est en retard et fonce devant lui, dans le grondement et le fracas de ses roues. De deux côtés de la voie, des rails couleur rouille défilent, ainsi que des pylônes verticaux, aux lampes tantôt allumées, tantôt non, rouges ou vertes.

C’est bientôt le tour des maisons de la banlieue de Paris, dressées comme des jeux de cartes. Des murs s’élèvent – gris, hauts, largement recouverts d’affiches au fond bleu, rouge, et jaune, pour de la réclame. J’appuie mon visage sur des barres du wagon et, à travers la vitre, j’absorbe ces images, ces surfaces carrées, dont les tonalités brunâtres envahissent les rebords du défilé. Et je lis de façon répétée : Géraudel ! Géraudel !

Le train se met à crisser et à gémir. Il s’engouffre de façon impétueuse sous la verrière d’un toit soutenu par des poutrelles grises. Nous sommes en 1889 – je viens d’arriver de Varsovie à Paris, à la Gare de l’Est.

J’avais écrit une longue lettre à Maria Szeliga qui vit depuis un certain temps à Paris. C’est elle qui m’introduit dans le milieu polonais. Un autre ami, Stanisław Rzewuski, un auteur dramatique très apprécié à Paris, connaît ma situation matérielle : il me propose de payer mes cours d’art dramatique, car mon désir est de jouer au théâtre afin de conquérir le public français.

J’ai obtenu une carte de Correspondante officielle – ce qui me permet d’écrire des articles pour des journaux à Varsovie… et de découvrir Paris. Grâce à quoi je peux subsister à mes besoins.

L'Exposition Universelle de 1889 et la Tour Eiffel
J’ai ainsi constaté à quel point les Français sont excités à l’idée de monter en haut de la Tour Eiffel qui vient d’être ouverte au public. Ils sont en même temps très curieux de visiter l’Exposition Universelle qui s’étend à ses pieds. Moi aussi, je me suis précipitée au Champ de Mars pour voir ces merveilles.

Les Français appellent l’Exposition Le pays de Fées et ils ont raison. On voudrait rencontrer ces fées qui ont produit tant de merveilles ! Mais de Fées, pas la moindre trace. Ceux qui ont produit tout cela, on peut les compter par milliers, tellement modestes et si petits devant leurs œuvres. De cette fourmilière inondée de lumière, émerge – vers les hauteurs – vers le ciel – une merveille, comme de la dentelle et des lampes assemblées.

C’est en vain que, sur l’Esplanade, des faisceaux lumineux s’entrecroisent… en vain que le Pavillon d’Argentine, pareil à un palais enchanté, scintille de lumières pourpres, bleues ou vertes… en vain que, sur le Pavillon du Gaz, un génie fait jaillir de la paume de sa main un jet du feu !... en vain que des jets de couleurs lilas ou saphir font que la Galerie centrale baigne dans des écumes… en vain que la Galerie des machines, telle un serpent, allonge son corps flamboyant. Tous ces feux, toutes ces lueurs pâlissent à côté de la Tour…

Croquis : les visiteurs à l'Exposition
Ah ! Quelle foule, diverse, de toutes les races, parlant toutes les langues, multicolore ! Lorsque tombe le crépuscule, celle-ci se déverse par les portes comme une large rivière, recouvre l’Esplanade, l’allée de La Bourdonnais, le pont d’Iéna, l’avenue Rapp, la rue du Caire. Elle court, crie, s’amuse, se bouscule, inonde les bazars orientaux, les restaurants, les cafés, les gazons. Les gens grimpent les escaliers du pavillon du Globe terrestre, engloutissent des milliers de tasses de thé indien qui fait transpirer quiconque s’en abreuve. Ils se font arnaquer dans des restaurants où la portion de bouillon coûte 1 franc et où il faut payer séparément pour le couvert, la nappe et une assiette. D’autres personnes sont plus économes. Elles apportent de grands pains, sortent de leurs poches gâteaux, viandes et bouteilles de vin, s’assoient sur les gazons à même le sol, ou bien sur les machines qui sont exposées en plein air.

On mange beaucoup ici et en permanence. On mange dans des ascenseurs de la Tour Eiffel, dans la Salle des machines, devant ces joyaux qui valent des millions sous les lumières chatoyantes de l’électricité ! On mange partout et encore ! On voit ainsi des dames qui achètent des sandwiches, des tartines, des galettes. On en voit qui boivent du lait, de l’orangeade servie par les garçons noirs, et d’autres qui boivent des bocks, servis par des Indiens. Il semble que l’unique souci qui anime les Français soit de bien manger !

Mais en ce qui concerne la manière de s’habiller ! Mon Dieu… Que ces dames qui rodent autour de la Tour Eiffel, sont peu soignées. Le chic ? C’est un mot inconnu ici ! O gracieuses Varsoviennes ! Comme le charme de vos silhouettes contraste avec le tableau bizarre que j’ai sous les yeux. Ces dames portent des mitaines, n’ont aucun charme et se tiennent les mains sur les hanches ! Les plus vieilles portent des moustaches comme des hussards !

Ne pleurez donc pas, belles dames, si votre mari vous dit incidemment, en buvant son café le matin : Tu sais, Ma Chérie, je vais à Paris. C’est pour voir… la Tour Eiffel ! - souriez seulement, de ce sourire voluptueux qui est le vôtre et, en arrangeant les dentelles de votre négligé du matin, répondez lui : Bien sûr, Mon Chéri ; va la voir… la Tour Eiffel. Je t’attendrai ici. Vous pouvez l’attendre sans crainte. Ces célèbres – lâchons le mot – pècheresses publiques parisiennes… ce sont des femmes fardées comme des poupées empaillées – les chignons roux des dames d’ici vont faire que votre ingrat de mari reviendra vers vous avec multitude des flacons d’essence de rose, de nombreux bracelets d’Égypte, des éventails en plumes avec des franges dorées, et les plus belles broderies… ainsi que des haches plus ou moins rouillées – pour parer les murs de votre appartement.

mardi 22 février 2011

Article sur Zapolska - Entretien


Le présent article de Seine & Vistule reprend un entretien récemment paru en polonais et en français dans Gazeta paryska, entre la rédactrice de ce magazine, Irena Filus, et moi-même, à propos de Gabriela Zapolska. Cet article a été traduit du polonais en français par Michel Szczesny. Tous les deux ont eu la gentillesse de m’autoriser à publier ces deux versions ici. (Il va de soi que leurs droits respectifs relatifs à cet article ne sont pas affectés par ces autorisations).
Revue culturelle à vocation européenne, Gazeta paryska est éditée par KULTURALNA EUROPA, association qui favorise expositions, concerts, rencontres littéraires et autres manifestations culturelles.
Pour en savoir plus :
Pour contacter le traducteur, Michel Szczesny : m.szczesny@free.fr

Niniejszy artykuł w formie wywiadu, który przeprowadziła ze mną na Irena Filus, redaktorka Gazety paryskiej w języku polskim i francuskim o Gabrieli Zapolskiej, zostanie opublikowany w moim blogu Seine & Vistule. Autorem wersji francuskiej jest Michał Szczęsny. Zarówno Irena Filus jak i Michał Szczęsny autoryzowali publikacje tego artykułu w blogu w Seine & Vistule.
Gazeta paryska, jest publikowana przez Stowarzyszenie KULTURALNA EUROPA, która organizuje wystawy, koncerty, spotkania literackie i inne manifestacje kulturalne w Paryżu.
Więcej na ten temat:
Adres tłumacza artykułu: m.szczesny@free.fr

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L E S   F R A N Ç A I S
VONT  M’APPLAUDIR

Tel est le rêve de la comédienne et dramaturge polonaise Gabriela Zapolska, lorsqu'elle arrive à Paris à la fin du XIXème siècle, en septembre 1889, alors que l'Exposition Universelle vient d’être inaugurée et que la Tour Eiffel a été ouverte au public. Elle souhaite emménager à Montmartre, et trouve rapidement un logement dans le quartier, au 4 de l’avenue de Clichy. Elle estime maîtriser à peu près correctement la langue française, comme elle le dit dans cette lettre adressée à Maria Szeliga : – Je connais assez bien le français car je peux traduire Théophile Gautier sans dictionnaire. Alors je pourrai me débrouiller, je monterai sur scène, et d'ici un an je parlerai comme une vraie Française. La vie n'est pas facile à l'époque pour les femmes émancipées, mais Zapolska, pleine d'enthousiasme, vient de refermer derrière elle la porte d'un monde qui ne lui apportait que des désillusions.

   
Qu'est-ce qui l'a poussée à prendre une décision aussi désespérée ? Je pose cette question à Elżbieta Koślacz-Virol (dite Lisbeth Virol), dont l'expertise concernant la vie de l'auteur de La Moralité de Mme Dulska fait autorité ; la thèse qu’elle a consacrée à Zapolska fait 350 pages et son élaboration lui a demandé plusieurs années.
   Zapolska est arrivée à Paris à l'âge de 32 ans. Peu avant, à Piotrków Trybunalski, elle avait commis une tentative de suicide lors d'une tournée de sa troupe de théâtre. Elle avait beaucoup de problèmes personnels, elle avait quitté son mari, elle est tombée enceinte de Marian Gawalewicz, directeur d'un théâtre de Varsovie, puis elle est partie à Vienne pour accoucher d'un enfant qui est mort peu après. Sa famille l'a maudite. Elle avait deux passions théâtrales : jouer comme actrice, mais également l'écriture. Elle a commencé à écrire sous l'influence de Gawalewicz, à la Société de Bienfaisance, où Zapolska avait fait ses premiers pas sur scène. Son mari était officier au service du Tsar. Elle n'a obtenu le divorce que huit ans plus tard. Puis elle a erré un peu comme la Mouette de Tchékhov, avec des troupes itinérantes, entre les différentes régions de la Pologne (qui était à l'époque partagée entre trois occupants). Selon les lieux où elle jouait, on lui écrivait des dithyrambes, comme à Poznań, ou on la critiquait pour son jeu, comme dans les territoires sous occupation russe.

Comment a-t-elle donc gagné sa vie une fois arrivée à Paris ?
   Elle a constaté que Paris était une ville chère et où la vie est difficile, elle a donc commencé par fréquenter la communauté polonaise. Mais peu à peu, elle s'en est éloignée en perfectionnant son français, car elle rêvait de monter sur scène et de se faire applaudir par le public français. Dès le début, elle a écrit pour deux revues polonaises : La Revue Hebdomadaire et Le Courrier de Varsovie. Grâce à cette dernière, elle a obtenu une carte de correspondante. Ses chroniques recèlent de nombreux trésors : une visite chez Aristide Bruant (bien qu'elle appréciât ses chansons, sa façon de gagner de l'argent en parlant de la misère ne lui plaisait pas) ; ses impressions sur l'Exposition Universelle ; ou encore l'exécution d'une femme et de son fils, rue de la Roquette. Curieuse de tout, elle a écrit de nombreux articles, ainsi que des lettres (publiées dans les années 1970) dont les destinataires étaient l'homme d'affaires Stefan Laurysiewicz et le rédacteur de la Revue Hebdomadaire, Adam Wiślicki, ainsi que plusieurs autres personnes. Elle avait aussi des amis fortunés, tels que Stanisław Rzewuski, ou le banquier Oksza Orzechowski, qui lui finançaient des cours de théâtre et l'aidaient matériellement. Elle croyait en elle, mais sa vitalité était mal perçue, on disait d'elle qu'elle était prête à tout pour atteindre son but. La vie n'était donc pas facile pour elle. Elle s'est inscrite au Conservatoire de Théâtre en tant qu'étrangère souhaitant apprendre la langue sur scène, afin d'intégrer l'équipe de la Comédie-Française. En 1892, grâce à la journaliste française Séverine et à Rzewuski, elle parvient à se faire engager au théâtre d'André Antoine. Le maître en personne lui prodiguait des cours, espérant qu'elle perdrait rapidement son accent. En attendant, elle interprétait avec brio des rôles de second plan. De nombreuses critiques de l'époque en témoignent.

Combien de temps a duré cette période ?
   Six années, qui ont été intenses et difficiles. En réalité, on ne parlait jamais de son état de santé, tant son envie d'aller toujours de l'avant était forte ; le soufre [qu’elle avait absorbé lors de sa tentative de suicide] a fini par lui dévorer la muqueuse de l'estomac. Elle saignait, elle avait une sorte d'ulcère, parallèlement à des problèmes gynécologiques. À partir de 1893, elle a eu une relation avec le Nabi Paul Sérusier, leur complicité était fantastique. Lui, lui transmettait sa connaissance de la peinture et de la spiritualité. Sous son influence, elle s'est débarrassée de sa peur de la mort. Quant aux œuvres du peintre, elles affichent durant cette période des couleurs plus claires. Sérusier lui a proposé le mariage. En 1895, elle a décidé d'aller en Pologne, pour trouver matière à un récit qu'elle avait l'intention de rédiger. Elle voulait revenir en France par la suite, elle parlait même d'emmener une Française avec elle pour ne pas oublier l'accent. À son arrivée on l'a accueillie avec les honneurs. Malheureusement, a-t-elle écrit trois ans plus tard, elle regrettait sa décision. Il était déjà trop tard pour retourner en France. Vers la fin de son séjour à Paris elle avait écrit qu'elle était devenue un être humain ...qui étais-je auparavant ? Une machine dénuée de raison, animée par la seule volonté des vents et de mes éditeurs. Sérusier a fait une dépression nerveuse après son départ. Toute leur correspondance a été détruite à la demande de sa future femme, une jeune étudiante en arts plastiques.

Ainsi s'est achevée la carrière parisienne de Zapolska. Est-ce que ton propre destin a été similaire ? Car toi aussi tu es comédienne, et Zapolska est devenue l'objet de tes études ?
   Oui et non, car de mon côté je me suis mariée en Pologne, avec un artiste peintre et architecte d'intérieur, qui dans les années 60 avait décidé de partir en France. Contrairement à Zapolska, j'ai joué des rôles de premier plan sur la scène du Théâtre Classique du Palais de Culture, tout comme au Théâtre télévisé. J'étais surmenée par le travail, et j'ai pensé à prendre une année sabbatique, pour faire un tour et revenir. Je ne connaissais pas le français. Il s'est avéré que le directeur du théâtre ne m'a pas prolongé mon contrat, et il a engagé quelqu'un d'autre à ma place. J'ai compris alors que j'avais perdu le but de mon existence. Je n'avais pas de grandes chances de réussir sur la scène française ; certes j'étais jeune, mais je ne ressemblais pas à une star. Pendant tout ce temps je me suis concentrée sur la langue. On voulait m'enfermer dans des rôles stéréotypés avec un accent russe, je ne me laissais pas faire, mais je ne pouvais pas interpréter de pièces classiques. Ce n'est que des années plus tard, en lisant les lettres de Zapolska, que j'ai découvert comment elle avait lutté contre son accent pour jouer sur une scène à l’étranger. J'ai compris que c'était un vrai handicap pour une comédienne, qui la trahit constamment, l'empêchant de transmettre de vraies émotions.


Mais finalement, tu n'es pas retournée en Pologne ?
   J'avais peur de me retrouver à travailler quelque part en province, et de végéter en élevant mon jeune enfant. De plus, je n'aurais pas pu emmener ma fille avec moi tout de suite. Je vivais à la limite de la misère, mais j'ai fini par obtenir ma première carte de travail, j'ai appris à taper à la machine, à traduire, puis j'ai rencontré mon mari actuel. Peu à peu, je suis revenue vers le théâtre. Au Théâtre International de la Cité Universitaire, j'avais commencé à participer à des ateliers de création, où j'ai rencontré de nombreux metteurs en scène ou acteurs intéressants. Puis, je suis allée aux cours de Jean-Laurent Cochet, celui qui avait formé Gérard Depardieu et Isabelle Huppert. Il m'appréciait beaucoup. C'est chez lui que j'ai pu réviser tous mes classiques en français. C'est comme ça que j'ai affuté ma langue. En fait, ce n'est qu'après ma thèse que j'ai commencé à présenter sur scène l'œuvre de Zapolska.

Justement, tu as décidé de couronner ta passion pour Zapolska par un doctorat à la Sorbonne ?
   J'ai fait ma thèse sous la direction de Martine de Rougemont, pendant trois ans, mais la préparation à ce doctorat m'a pris une décennie. Mon diplôme polonais de maîtrise a été reconnu dès les années 60, mais ma connaissance du français était toujours imparfaite. Mon premier diplôme (un DEA) traitait de Zapolska à Paris. Quant à ma thèse, elle était consacrée à Gabriela Zapolska, comédienne polonaise de la fin du XIXe siècle. Elle montre son cheminement et sa carrière en Pologne, en France, et à nouveau en Pologne. Il faut absolument mentionner la thèse de madame le professeur Jadwiga Czachowska – Kalendarium, j'ai pu y trouver une description précise et chronologique de tous les événements. Elle était ravie que je reprenne ce sujet. Je citerai aussi le professeur Danuta Knysz-Tomaszewska, qui a fait partie du jury de ma thèse.

Qu'y a-t-il de si novateur dans tes travaux ?
   Je me suis appuyée sur des éléments peu connus retrouvés en France. Dans les années 50, le professeur Zbigniew Raszewski a écrit une petite étude, Sur les traces de Zapolska à Paris, je l'ai traduite mais, après avoir réfléchi sur ce qu'il avait écrit, je n'étais pas tellement convaincue que Zapolska était une comédienne médiocre, comme on l'avait toujours dit. Les hommes en particulier avaient des avis mitigés. En revanche, on l'a toujours considérée comme une excellente dramaturge. Ceci m'a intriguée, et j'ai commencé à essayer de me faire ma propre idée. Zapolska avait joué pendant 20 ans, la presse française lui avait rendu hommage car elle avait interprété des rôles très typiques, même si on ne peut pas la comparer à Irena Solska ou Helena Modrzejewska. Avant toute chose, elle a ramené de France certaines pièces qu'elle avait elle-même traduites, elle avait appris le jeu naturaliste, celui-là même que j'ai découvert par la suite grâce à mes professeurs du Conservatoire national de Théâtre (PWST) de Varsovie : Stanisława Perzanowska et Marian Wyrzykowski, issus de Reduta, un théâtre qui observait les mêmes règles que celui d'Antoine. Soudain, j'ai compris que nous avions des choses en commun, car mon propre jeu de scène était également tourné vers la simplicité. Zapolska a importé de France ce style de jeu, elle est la seule comédienne polonaise à avoir pu jouer sur une scène française, car les autres, même les plus grandes, n'arrivaient pas à maîtriser la langue. Modrzejewska avait dit à Alexandre Dumas fils qu'elle n'interpréterait pas La Dame aux camélias en français – elle préférait jouer en anglais. Quant à Maria Wisnowska, qui était venue à Paris avec l'appui du dramaturge Edouard Pailleron, elle n'a pas réussi à jouer et a fini par rentrer dans son pays.

Combien de temps avait duré la carrière de la comédienne après son retour en Pologne ?
   Elle est arrivée en Pologne formée par Antoine au Théâtre Libre, Tadeusz Pawlikowski l'a acceptée dans un théâtre de Cracovie, car il savait qu'en France de nouvelles tendances artistiques faisaient leur apparition. Lui même avait été chez Antoine et connaissait ses méthodes de travail. Elle jouait le répertoire d'Antoine, qu'elle avait traduit elle-même. Dans le théâtre cracovien, Zapolska s’est fait une place – elle disposait même de sa loge, décorée par Stanisław Wyspiański. Puis une actrice plus jeune est apparue et avait séduit le directeur : Zapolska est alors passée à l'arrière-plan. Elle a cessé de jouer en 1900, mais elle continuait sa carrière de dramaturge. Elle avait commencé à écrire ses premiers récits avant même d'aller en France, mais ce n'est qu'en 1906 qu’ont vu le jour La Moralité de Mme Dulska et d'autres pièces connues comme Skiz ou Mlle Maliczewska ; c'est pourquoi elle existe dans notre conscience collective en tant que dramaturge plutôt qu'en tant que comédienne. Aleksander Karandiejew, président des Théâtres Gouvernementaux de Varsovie, qui accordait une attention particulière à leur niveau artistique, lui avait également commandé des traductions de certaines œuvres, ce qui avait suscité des critiques de Kazimierz Zalewski et de Bolesław Prus, pour sa supposée rémunération excessive. Zapolska a également fait transporter en Pologne la maquette de la pièce L’Arlésienne, d’Alphonse Daudet.

On peut donc dire que pour les standards de l'époque, Gabriela Zapolska était une femme très moderne et qui ne se pliait pas aux convenances. Un personnage de chair et d'os, dont elle a transposé différents aspects dans ses œuvres. C'est pour cela que la fascination des contemporains à son égard reste toujours intacte.

Trad. M. Szczęsny

lundi 21 février 2011

Artykuł o Zapolskiej - Wywiad


Le présent article de Seine & Vistule reprend un entretien récemment paru en polonais et en français dans Gazeta paryska, entre la rédactrice de ce magazine, Irena Filus, et moi-même, à propos de Gabriela Zapolska. Cet article a été traduit du polonais en français par Michel Szczesny. Tous deux ont eu la gentillesse de m’autoriser à publier ces deux versions ici. Il va de soi que leurs droits respectifs relatifs à cet article ne sont pas affectés par ces autorisations.
Revue culturelle à vocation européenne, Gazeta paryska est éditée par KULTURALNA EUROPA, association qui favorise expositions, concerts, rencontres littéraires et autres manifestations culturelles.
Pour en savoir plus : http://www.gazetaparyska.fr
Pour contacter le traducteur, Michel Szczesny : m.szczesny@free.fr

Niniejszy artykuł w formie wywiadu, który przeprowadziła ze mną na Irena Filus, redaktorka Gazety paryskiej w języku polskim i francuskim o Gabrieli Zapolskiej, zostanie opublikowany w moim blogu Seine & Vistule. Autorem wersji francuskiej jest Michał Szczęsny. Zarówno Irena Filus jak i Michał Szczęsny autoryzowali publikacje tego artykułu w blogu w Seine & Vistule.
Gazeta paryska, jest publikowana przez Stowarzyszenie KULTURALNA EUROPA, która organizuje wystawy, koncerty, spotkania literackie i inne manifestacje kulturalne w Paryżu.

Więcej na ten temat: http://www.gazetaparyska.fr 
Adres tłumacza artykułu: m.szczesny@free.fr
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ZMUSZĘ FRANCUZÓW
D O    A P L A U Z U

Z takim marzeniem, polska aktorka i dramatopisarka – Gabriela Zapolska dotarła do Paryża końca XIX wieku, we wrześniu 1889 roku, po otwarciu Wystawy Powszechnej i inauguracji wieży Eiffel’a. Pragnęła zamieszkać na Montmartre i w okolicy znalazła lokum pod adresem: 4 avenue de Clichy. Twierdziła, że język ma jako tako opanowany, pisała o tym do Marii Szeligi: - Znam francuski dosyć dobrze, bo tłumaczę Théophila Gautier bez słownika. Więc jakoś dam sobie radę, wejdę na scenę i po roku będę mówiła jak rodowita Francuzka. Nie był to łatwy okres dla wyemancypowanych kobiet, ale Zapolska pełna entuzjazmu zamknęła właśnie za sobą drzwi świata, który przynosił jej same rozczarowania.

Articles et lettres de Gabriela Zapolska sous le titre
 Madame  Zapolska et la Scène parisienne
 Textes traduits par  Lisbeth Virol et  Arturo Nevill
 Éditions La Femme pressée  –  Collection L’Européenne

Jaka była przyczyna podjęcia tak desperackiej decyzji? – pytanie to kieruję do Elżbiety Koślacz-Virol (pseudonim Lisbeth Virol), która jest jednym z najbardziej wiarygodnych autorytetów, jeśli chodzi o życie autorki Moralności pani Dulskiej; jej praca doktorska na temat Zapolskiej licząca 350 stron przygotowywana była przez wiele lat.
   Zapolska przyjechała do Paryża mając 32 lata. Tuż przedtem, będąc z teatrem na objeździe, w hotelu w Piotrkowie Trybunalskim usiłowała popełnić samobójstwo. Miała dużo problemów osobistych, opuściła męża, zaszła w ciążę z Marianem Gawalewiczem, dyrektorem jednego z warszawskich teatrów, pojechała do Wiednia, żeby urodzić dziecko, które wkrótce zmarło. Rodzina ją wyklęła. Miała pasję do aktorstwa, ale również zaczęła pisać pod wpływem Gawalewicza, z którym była związana w Towarzystwie Dobroczynności, gdzie stawiała pierwsze kroki na scenie. Jej mąż był oficerem w służbie cara. Rozwód z nim otrzymała dopiero 8 lat później. Potem włóczyła się trochę jak Czajka z Czechowa w teatrach objazdowych po różnych zaborach, w okropnych warunkach i w zależności gdzie grała, albo pisano dytyramby na jej temat, jak to miało miejsce w Poznaniu albo krytykowano jej grę w zaborze rosyjskim.
 
Z czego więc żyła po przyjeździe do Paryża?
   Stwierdziła, że Paryż jest bardzo drogim i trudnym miastem, więc na początku obracała się w polskim środowisku, ale potem zaczęła się od niego oddalać doskonaląc język, bo jej marzeniem było stanąć na francuskiej scenie i zmusić Francuzów do aplauzu. Od samego początku pisała artykuły do dwóch pism polskich: Kuriera Warszawskiego i Przeglądu Tygodniowego i od tego pierwszego dostała kartę korespondenta. Jej felietony to kopalnia pereł: – wizyta u Aristide’a Bruant (nie podobało jej się, choć doceniała jego piosenki, że czerpał zysk z nędzy, o której pisał), – wrażenia z Wystawy Powszechnej; - atrakcją było także pójście na plac de la Roquette, żeby zobaczyć egzekucję pewnej kobiety i jej syna. Była ciekawa wszystkiego i napisała wiele artykułów oraz listów (wydanych w latach 70-tych), których adresatami są Stefan Laurysiewicz, handlowiec i Adam Wiślicki, redaktor Przeglądu Tygodniowego oraz kilka innych osób. Miała też boga¬tych znajomych, takich jak Stanisław Rzewuski, bankier Oksza Orzechowski, którzy opłacali jej lekcje teatru i wspomagali materialnie. Wierzyła w siebie, lecz ta jej żywotność była źle odczytywana, mówiono o niej, że nie cofnie się przed niczym, żeby osiągnąć cel. Nie miała, więc, łatwego życia. Zapisała się do Konserwatorium Teatralnego, jako obcokrajowiec uczący się języka na scenę, żeby wejść do ekipy Comédie-Française. W 1892 roku dzięki Séverine – dziennikarce francuskiej oraz Rzewuskiemu dostała się do teatru André Antoine’a. Sam mistrz udzielał jej lekcji mając nadzieję, że pozbędzie się szybko akcentu, tymczasem grała role drugoplanowe, z których wywiązywała się bardzo dobrze. Mówią o tym liczne ówczesne krytyki.

Jak długi był to okres?
   Sześcioletni, ale za to bardzo intensywny i ciężki. Nigdy właściwie nie mówiło się o jej stanie zdrowia; po tym jak targnęła się na życie, siarka wyżarła jej śluzówkę żołądka. Krwawiła, miała coś w rodzaju wrzodów, a jednocześnie problemy ginekologiczne. Od roku 1893 związana była z nabistą Paul’em Sérusier, mieli ze sobą fantastyczny kontakt. On jej przekazywał wiedzę o malarstwie, i o duchowości. Pod jego wpływem przestała bać się śmierci, a z kolei jego paleta barw stała się w tym okresie jaśniejsza. Zaproponował jej małżeństwo. W 1895 roku zapragnęła pojechać do Polski, żeby zdobyć materiały do powieści, którą miała zamiar napisać. Chciała wrócić, mówiła nawet, że zabierze ze sobą Francuzkę, żeby nie zapomnieć akcentu. Po przyjeździe do kraju przyjęto ją z honorami. Niestety, po trzech latach stwierdziła, że żałuje swojej decyzji. Było już za późno na powrót. Pod koniec swego pobytu w Paryżu napisała, że stała się człowiekiem: – …kim byłam dawniej? – maszyną bezrozumną gnaną wolą wiatrów i mych wydawców. Sérusier po wyjeździe Zapolskiej dostał depresji nerwowej. Cała korespondencja pomiędzy nimi została zniszczona na życzenie jego żony, młodej studentki malarstwa.

I tak się skończyła paryska kariera Zapolskiej. Czy twoje losy były podobne? Bo przecież też jesteś aktorką, a Zapolska stała się przedmiotem twoich studiów?
   I tak i nie, bo ja wyszłam w Polsce za mąż za artystę malarza i architekta wnętrz, który w latach 60-tych, zdecydował, że wyjedzie do Francji. W przeciwieństwie do Zapolskiej grałam na scenie Teatru Klasycznego w Pałacu Kultury pierwszoplanowe role, jak również w Teatrze Telewizji. Byłam przeciążona pracą i potraktowałam wyjazd, jako roczny bezpłatny wypoczynek. Nie znałam francuskiego. Jednak dyrektor teatru nie przedłużył mi kontraktu i zaangażował, kogo innego na moje miejsce. Zrozumiałam wtedy, że straciłam cel swojego życia. Nie miałam zbyt dużych szans na francuskiej scenie, byłam, co prawda młoda, ale nie wyglądałam na gwiazdę. Przez cały czas walczyłam z językiem, gdyż nie mogłam grać klasyki. Dopiero po latach czytając listy Zapolskiej odkryłam, jak ona się męczyła z akcentem, po to żeby zagrać na obcej scenie. Zrozumiałam, czym on jest dla aktorki, że wyłazi jak szydło z worka nie pozwalając na oddanie prawdziwych emocji.

Ale nie wróciłaś jednak do kraju?
   Bałam się powrotu do pracy gdzieś na prowincji i wegetacji z maleńkim dzieckiem. Nie mogłabym też od razu wywieźć córki. Żyłam niemal w nędzy, ale w końcu wywalczyłam sobie pierwszą kartę pracy, nauczyłam się pisać na maszynie, zaczęłam tłumaczyć, potem poznałam mego obecnego męża. Powoli wróciłam do teatru. W Teatrze Międzynarodowym w Cité Universitaire, zaczęłam uczestniczyć w wielu ateliers de création, gdzie poznałam wielu ciekawych reżyserów, aktorów. Potem poszłam do szkoły Jean-Laurent Cochet, tego, który ukształtował Gérard’a Depardieu i Isabelle Huppert; Cochet bardzo mnie polubił. To u niego przerobiłam po francusku całą klasykę. Dlatego tak wyszlifowałam sobie język. Właściwie dopiero po moim doktoracie zaczęłam prezentować twórczość Zapolskiej na scenie.

No właśnie, swoje zainteresowanie Zapolską postanowiłaś uwieńczyć doktoratem na Sorbonie?
   Robiłam go pod kierunkiem Martine de Rougemont, co trwało 3 lata, ale samo przygotowanie do doktoratu aż 10. Mój polski dyplom magisterski uznano już w latach 60-tych, lecz ciągle niewystarczająco znałam język. Pierwszy dyplom tzw. studium przed-doktoranckie traktował o Zapolskiej w Paryżu a doktorat pisałam o Gabrieli Zapolskiej, polskiej aktorce pod koniec XIX wieku. Pokazuje jej drogę i karierę w Polsce, we Francji i znowu w Polsce. Opierałam się na pracy doktorskiej prof. Jadwigi Czachowskiej – Kalendarium, miałam w niej wszystko dokładnie, chronologicznie opisane. Bardzo się ucieszyła, że znów podjęłam ten temat. Także prof. Danuta Knysz-Tomaszewska, która przyjechała na obronę mojego doktoratu.

Co jest takiego nowatorskiego w twojej pracy?
   Opierałam się na mało znanych materiałach znalezionych we Francji. W latach 50-tych prof. Zbigniew Raszewski napisał mały esej – Paryskimi śladami Zapolskiej, przetłumaczyłam go, ale po przemyśleniu tego, co napisał, nie byłam taka przekonana, że Zapolska była mierną aktorką, jak o niej zawsze mówiono. Szczególnie mężczyźni mieli zróżnicowane opinie. Uznano ją natomiast za znakomitego dramaturga. Zainteresowało mnie to i zaczęłam szukać własnej prawdy. Zapolska była aktorką przez 20 lat, prasa francuska oddała jej hołd, bo zagrała role charakterystyczne, choć nie można porównywać jej do Ireny Solskiej, czy Heleny Modrzejewskiej. Przede wszystkim przeniosła z Francji pewne sztuki, które sama przetłumaczyła, nauczyła się gry naturalistycznej, dokładnie takiej, jaką odkryłam później dzięki moim profesorom z PWST w Warszawie – pani Stanisławie Perzanowskiej czy Marianowi Wyrzykowskiemu. Oni wywodzili się z Reduty, a w tym teatrze liczyła się taka sama zasada jak u Antoine’a. Nagle zrozumiałam, że są jakieś wspólne koneksje, bo ja też byłam wychowana w prostocie na scenę. Zapolska przywiozła z Francji do Polski styl gry, to jej, jako jedynej aktorce polskiej udało się zagrać na francuskiej scenie, bo inne, nawet wielkie nie dały sobie rady z językiem. Modrzejewska odmówiła panu Alexandrowi Dumas fils gry po francusku w jego Damie Kameliowej, bo wołała grać po angielsku, a z kolei Maria Wisnowska, która przyjechała do Paryża poparta przez Edouard’a Pailleron, autora sztuk dramatycznych, nie dostała się na scenę i wróciła do kraju.


Jak długo trwała kariera aktorki Zapolskiej po powrocie do Polski?
   Przyjechała do kraju ukształtowana przez Antoine’a w teatrze naturalistycznym (Théâtre Libre), Tadeusz Pawlikowski przyjął ją do teatru w Krakowie, bo wiedział, że we Francji, pojawiają się nowe kierunki w sztuce, sam był u Antoine’a i znał metodę jego pracy. Grała w repertuarze Antoine’a który sama prze-tłumaczyła. W teatrze krakowskim Zapolska wywalczyła sobie pozycję, miała nawet swoją lożę, którą ozdobił sam Stanisław Wyspiański. Potem przyszła młodsza aktorka, która uwiodła dyrektora i Zapolska zeszła na dalszy plan. Przestała grać dopiero w 1900 roku, ale kontynuowała karierę dramatopisarki. Jeszcze w Polsce zaczęła pisać pierwsze powieści, ale dopiero w roku 1906 powstała Moralność Pani Dulskiej i inne znane sztuki jak Skiz czy Panna Maliczewska. Właśnie, dlatego w naszej świadomości istnieje bardziej, jako autorka niż aktorka. Aleksander Karandiejew, prezes Warszawskich Teatrów Rządowych, który dbał bardzo o ich poziom artystyczny, zamówił u niej także tłumaczenia pewnych sztuk, co spowodowało krytyki Kazimierza Zalewskiego i Bolesława Prusa, że jest za dobrze opłacana. Zapolska sprowadziła również makietę sztuki Arlésienne – Alphonse‘a Daudet do Polski.

Można, więc powiedzieć, że jak na owe czasy Gabriela Zapolska była kobietą na wskroś nowoczesną i nie ulegającą konwenansom. Postacią z krwi i kości, którą w różnych wersjach przeniosła do literatury. To właśnie tak bardzo w niej fascynuje współczesnych, aż do dziś.

Rozm. Irena Filus