samedi 6 août 2011

Mirosława Niewińska, poétesse et psychologue


Native de Białystok, à l’Est de la Pologne, Mira est dotée d’une personnalité riche et attachante. Après des études supérieures faites en Pologne elle est venue compléter sa formation en France par des DEA en psychologie et en sociologie.

Mira écrit depuis longtemps et attire l’attention de lecteurs qui considèrent qu’elle se distingue par une exceptionnelle sensibilité dans le regard qu’elle porte sur le monde et dans l’utilisation des mots (Józef Fert, professeur de Littérature à l’Université catholique de Lublin) et qu’elle interpelle par l’expression d’une symbolique universelle. Elle évoque le visible et l’invisible dans une recherche d’unité et d’harmonie (Josée Darras).

J’ai eu l’occasion de lire en public des poèmes de Mira Niewińska : cela a été à chaque fois un plaisir pour moi d’interpréter sa vision du monde, qui fait appel eux mythologies grecque et slavophone, qui s’arrête sur des instants de vie, part vers l’univers, savoure la beauté du monde à travers les descriptions de la nature. Elle-même s’incarne parfois en éternel féminin en accompagnant les soirées poétiques consacrées à sa poésie, en dansant devant un public, ainsi conquis.


DOBRY CZAS

Na wstępie nie należało pisać o Bogu
bo byłeś za młody
następnie nie należało pisać o miłości
bo się na niej nie znasz
potem to juz teraz
wypada być dojrzałym
chociaż
od czasu do czasu
Bóg jest mniej wyrozumiały
miłość bardziej bolesna
a nad Narwią każdej wiosny
rozkwitają kaczeńce
zapowiadają dobry czas
na wiersze.


LE BON TEMPS

En prologue il ne fallait pas écrire sur Dieu
car tu étais trop jeune
puis il ne fallait pas écrire sur l’amour
car tu ne le connaissais pas
après c’est déjà maintenant
tu dois être déjà mûr
quoique
de temps en temps
Dieu est moins compréhensible
l’amour plus douloureux
et chaque printemps au-dessus de la rivière Narew
s’épanouissent les boutons d’or
ils annoncent le bon temps
pour les voyages lyriques.

L’illustration de cet article représente Mira Niewińska (© Martha Kohler), ainsi que les couvertures de quelques ouvrages où figurent ses poèmes. On peut principalement trouver ceux-ci dans :
Kalejdoskop – Lubelska Oficyna Wydawnicza, Lublin, 1996
Tymi drogami wędrowało słońce, Książnica Podlaska, Białystok, 2008
… dans des anthologies :
Podlasie w Poezji, Książnica Podlaska, Białystok, 2007
Środy Literackie, Książnica Podlaska, Białystok, 2009
Podlahia Antologio, 2009
Książnica Podlaska, Akademio Literatura de Esperanto,
Wydawnictwo Hejme, Libro-Mondo Białystok, 2009
… et dans la presse.

Mira Niewińska a été lauréate de plusieurs prix et a notamment été récompensée par :
le Prix International de la Paix (Fondation Reinhold Schneider de Hambourg)
le Premier Prix du Concours littéraire de J.I.Kraszewski (XXIIIe édition)

lundi 1 août 2011

Un Français qui a aimé la Pologne


Paul CAZIN (1881-1963)

Le précédent billet de mon bloc-notes rappelle que la pièce la plus connue de Gabriela Zapolska, Moralność pani Dulskiej, avait été traduite en français dès 1933 par Paul Cazin. Qui était Paul Cazin ?

Nous l’avions, mon co-traducteur Arturo Nevill et moi, croisé sur notre chemin à quelques reprises : ce dernier avait ainsi, dans sa bibliothèque familiale, un ouvrage devenu désormais rare (un biały kruk, dira-t-on en polonais) : la traduction par Paul Cazin du célèbre Pan Tadeusz (Messire Thadée) d’Adam Mickiewicz, parue chez Félix Alcan en 1934 – un récit en prose, réussissant à faire passer en français avec beaucoup de justesse, et certainement plus de saveur que bien des traductions versifiées, les 9 823 alexandrins de 13 pieds de l’épopée écrite exactement un siècle plus tôt par le grand romantique polonais. La raison en est, avoue Paul Cazin dans son avant-propos, que je ne me connais qu’en prose. Pour pointer, un peu plus loin à propos d’une traduction antérieure qui faisait pourtant référence, que dès le premier [alexandrin], nous voyons que la sobriété, dont on fait honneur à la versification, est une concision de guillotine : l’évocation de la Lituanie, cette petite patrie à laquelle le poète tenait tant, avait purement et simplement été supprimée...

Venons-en à la Morale de Madame Dulska. Dans son introduction à la traduction de Paul Cazin qu’elle a fait récemment paraître aux éditions de l’Université de Varsovie, Madame le Professeur Danuta Knysz-Tomaszewska souligne que, en 1908, presque sitôt après l’avoir écrite et fait jouer à Lvov, Gabriela Zapolska lui a proposé qu’il traduise cette pièce. Sous le titre L’Oraison dominicale, il venait de traduire sa Modlitwa pańska. Zapolska lui proposera aussi sa pièce Tamten (L’Autre), en vue de la soumettre à son ancien directeur du Théâtre Libre, Antoine. Il se consacrera à Moralność un quart de siècle plus tard. C’est grâce à l’entregent du traducteur et poète Krzysztof Jeżewski que nous avons pu tenir entre nos mains une copie d’une version manuscrite de cette traduction, et que nous avons pu la mettre dans une forme acceptable – celle qui a servi pour l’ouvrage qui vient d’être mentionné.

Si nous sommes venus à Paul Cazin par Mickiewicz et surtout par Zapolska, l’intérêt qu’y porte Madame Danuta Knysz-Tomaszewska résulte d’un travail en profondeur, entrepris dès le début des années 1990, faisant appel à des archives privées, et portant notamment sur ses manuscrits, sur son journal intime et ses lettres. Avant même la traduction de Moralność, cela avait déjà conduit à la parution de deux ouvrages en polonais, toujours aux éditions de la Faculté d’Études Polonaises de l’Université de Varsovie : le premier, en 1999, dont le titre en français pourrait être Les bons et mauvais jours d’un polonisant français ; le second, en 2009, Sur les sentiers de mémoire. Fin avril, il y a trois mois, elle a donné une conférence à la Bibliothèque Polonaise de Paris, sur cet Ambassadeur de la culture polonaise en France, Paul Cazin pouvant être considéré comme le premier Français qui se soit intéressé à la littérature polonaise qui lui était contemporaine.

Les premiers contacts de Paul Cazin avec la Pologne se font entre 1904 et 1906 : il y travaille comme précepteur auprès des fils du comte Edward Raczyński. La famille de ce dernier dispose d’une bibliothèque particulièrement riche. Il visite Cracovie, Lvov, Varsovie et, avec ferveur, apprend la langue polonaise.

Dès 1909, Paul Cazin se lie avec le Comité Franco-Polonais à Paris. Il se met à traduire plusieurs auteurs polonais en français – à commencer par Modlitwa pańska de Zapolska. Citons notamment, Z ziemi Chełmskiej (Notes de voyage au pays de Chelm) de Władysław Reymont, Uroda życia (Le Charme de la vie, sous le titre français : L’Ombre) de Stefan Żeromski, Les Mémoires de Jean-Chrysostome Pasek – qui lui prend plusieurs années et sera couronné par l’Académie française, Józef Weyssenhoff, Jan Parandowski, Wacław Berent, Tadeusz Breza… et se lie d’amitié avec certains d’eux. Il publie des articles consacrés à la littérature polonaise, dont Le Roman polonais au XIXe siècle (1915).

En 1923, il est invité à Genève, où il prononce une conférence au sujet de la littérature polonaise. Les années 1920 sont également consacrées à sa production personnelle – une demi-douzaine d’œuvres publiées chez Plon. En 1928 Józef Weyssenhoff publie O sztuce pisarskiej Pawła Cazina (A propos du travail littéraire de Paul Cazin) et y joint quatre nouvelles de celui-ci. Cette même année, Paul Cazin, qui continue à maintenir les contacts avec la vie artistique des Polonais à Paris, assiste à la cérémonie d’inauguration de la sculpture d’Adam Mickiewicz par Émile Bourdelle sur la place d’Alma. En 1928, toujours, il se rend en Pologne, passe par la propriété du comte Raczyński dont il a été le précepteur, et se rend à Poznań, Varsovie, Cracovie, ainsi qu’à Zakopane dans les Tatras.

Les années 1930 sont une période assez intense de publication de ses traductions. C’est alors que, outre Pan Tadeusz déjà cité, paraissent Le Stigmate de Cyprian Norwid (Gallimard), Le Gouffre noir de Henryk Sienkiewicz (Nathan), Les Demoiselles de Wilko de Jarosław Iwaszkiewicz (Sagittaire) En 1935 il donne des cours de la littérature et culture polonaises au Centre d’Etudes Polonaises installé près de la Bibliothèque Polonaise à Paris.

Les bons jours et les moins bons jours… Les années de l’après-guerre seront moins évidentes à vivre pour ce septuagénaire, tiraillé qu’il puisse paraître entre son amour pour la Pologne et la manière de l’exprimer sous un régime qui a bien changé. Bien que très attaché à la Bourgogne et plus particulièrement à Autun où il a vécu une cinquantaine d’années, il vit à Aix-en-Provence où il avait une chaire de polonais aux cours publics à la Faculté de Lettres. Renversé par une voiture, il meurt peu de temps après en 1963, il a 82 ans. Il sera inhumé à Paray-le-Monial.

La photo qui illustre ce billet a été trouvée sur le site ;
Elle a été prise le 21 juin 1928 dans la propriété de Ludwig-Hieronim Morstin qui accueillait une Rencontre de poètes polonais – et pas des moindres (Zjazd poetów polskich w Pławowicach). Beaucoup de jeunes au premier plan – les poètes confirmés sont debout au dernier rang. De gauche à droite, se détachant sur le fond sombre de la porte d’entrée : Emil Zegadłowicz, Julian Tuwim, Leopold Staff et… Paul Cazin. En continuant vers la droite, leur hôte et, un peu plus loin, Józef Wittlin. Revenons vers la gauche, le deux têtes qui se détachent au-dessus des autres sont celles de Jan Lechoń puis de Jarosław Iwaszkiewicz.

mardi 12 juillet 2011

Traduction (1933) de Moralność (1906) enfin publiée


Dans la collection bilingue Inédits et oubliés des manuscrits, de la presse et des premières éditions, a paru récemment à Varsovie la traduction de la célèbre pièce de Gabriela Zapolska, La Morale de Madame Dulska (Moralność pani Dulskiej), considérée comme un chef-d’œuvre du naturalisme polonais. Écrite en 1906, elle a joui, encore jusqu’à maintenant, d’un grand succès sur scène en Pologne et dans plusieurs pays. Elle a été traduite en 22 langues. Elle avait été traduite en français en 1933 par Paul Cazin mais était restée jusqu’alors qu’un simple manuscrit. C’est cette traduction qui vient d’être publiée.

Paul Cazin est le premier Français à s’être intéressé d’une manière durable à la littérature polonaise et à avoir traduit en français des œuvres d’auteurs qui ont marqué leur époque. Dès ses tout débuts, la pièce La Morale de Madame Dulska avait attiré son attention par la construction du personnage principal en voyant dans son comportement ignoble les traits typiques et universels de la petite bourgeoisie. * De son côté, Zapolska, dont on sait qu’elle avait séjourné plusieurs années en France et joué au Théâtre Libre, estimait qu’il serait possible d’envoyer directement la version française à André Antoine ou à Firmin Gémier pour voir Dulska sur les planches de leurs théâtres. *

Outre l’introduction puis le texte de la pièce dans une présentation bilingue, le livre contient d’autres traductions, uniquement dans leur version en français, de chroniques journalistiques de Zapolska, ainsi qu’un dossier critique.

Les traductions faites par Elżbieta Koślacz-Virol et Arturo Nevill sont regroupées sous le titre : Les écrits sur le théâtre et sur l’art de Gabriela Zapolska. Le dossier critique comprend une Présentation de l’œuvre » par Danuta Knysz-Tomaszewska, La carrière d’actrice de Zapolska par Elżbieta Koślacz-Virol, Critique de la traduction de Paul Cazin par Cécile Bocianowski, ainsi que La vie et l’œuvre de Gabriela Zapolska et une Bibliographie, par Grzegorz P. Bąbiak.

* Commentaire de Madame Danuta Knysz-Tomaszewska, Professeur de l’Université de Varsovie, dans son Introduction.

L’illustration de cet article reprend celle de la couverture de l’ouvrage. C’est une estampe, publiée en 1890 dans Tygodnik Ilustrowany, d’après le tableau Zwierzenia (Confidences) de Leon Wyczółkowski, et qui se trouve dans les collections de l’Instytut Badan Literackich (PAN, Varsovie).

L’ouvrage lui-même, qui sort des presses de l’Université de Varsovie (Zaklad Graficzny Uniwersytetu Warszawskiego) porte le n° ISBN 978-83-62100-56-9.

 

dimanche 15 mai 2011

Avril et mai, en public

Zdjęcie: Anna Kowalska - Muzeum Literatury - Warszawa

– Chcesz Pani poznać Aristida Bruanta? – Naturalnie! Ale czy on sam mi zaśpiewa A Saint Lazare? – Zaśpiewa! – I Sur l’ trottoir? – Zaśpiewa! – No to chodźmy!

Paryskimi śladami Zapolskiej – Muzeum Literatury w Warszawie – 20.4.2011


Perla, j’aurai toujours un cartable sur le dos, celui d’un enfant qui part pour l’école de la vie. Tu le remplis encore. Une mère, en fait, cela ne meurt jamais.
(Frédéric Brun – Perla)


Sur sa tombe, où Jean repose avec Perla et Nacha, ainsi qu’avec ses parents chrétiens, mon père avait décidé de faire graver une rose, la fleur de l’espérance, pour l’amour de toutes les religions. Une rose qu’il a citée des dizaines de fois dans ses poèmes et ses chansons. Autour d’elle, un prêtre et un rabbin sont venus prier.
(Frédéric Brun – Une Prière pour Nacha)

Se souvenir et transmettre – Théâtre du Nord>Ouest – 9.5.2011



Vaincu par les belles larmes qui humectaient de si belles paupières, avec une sincérité rare, il lui répondit : que son cœur ne l’avait pas trompé dans son mélancolique attristement, car, il ne s’affranchissait pourtant jamais d’un sentiment qui formait en quelque sorte le sol de son cœur, et pour lequel il ne trouvait d’expression que dans sa propre langue, aucune autre ne possédant d’équivalent au mot polonais de ŻAL !
(Franz Liszt – Chopin)

Introduction à un récital Chopin – Hôtel de Ville de Montrouge – 10.5.2011



Son visage est étonnamment ouvert et ne laisse pas indifférent […]. Ses yeux sont d’un bleu saphir uniforme, à l’expression calme, sans aucune petite tache, rêveurs, le regard portant vers le lointain. Par contre, un sourire ironique s’ébauche et s’incruste près de la bouche dont les lèvres retombent vers le bas. La permanence de son expression fait un curieux contraste avec son calme et son regard direct et serein. […] Par-delà les silhouettes des acteurs immobiles, il semble chercher quelque chose à lui seul accessible qu’il pourrait alors réaliser sur scène. Lui, c'est Antoine, le fondateur du Théâtre Libre en France, et ce qu'il semble percevoir devant lui, dans la clarté dorée par le gaz, c'est une vision dans laquelle nous baignons et qui nous poursuit comme une ombre insaisissable !… Cette vision, c’est celle de la vérité.
Zapolska a ainsi pu observer et participer directement à l’évolution du Théâtre Libre, sous la direction d’un metteur-en-scène qu’elle considère comme génial. Dans la troupe d’Antoine, une atmosphère de travail sans rivalité malsaine, et au service de l’auteur et de la pièce, lui plait. Elle découvre une nouvelle manière de concevoir le jeu sur scène, d’après la nature et avec simplicité.
Révolution du théâtre moderne – Antoine et Zapolska
par Martine de Rougemont Elżbieta Koślacz-Virol – SHLP – 12.5.2011



Oh ! La neige ! C’est ma première neige à Paris. Je suis couchée et, de ma fenêtre, je vois le toit tout blanc, une ligne blanche qui recouvre les branches des arbres, une couche blanche sur le rebord du balcon. Et, dans l’air, des flocons blancs qui voltigent… qui voltigent…

En se penchant pour mieux voir, Hortense, ma bonne, s’est écriée : « Oh : Quelle neige ! » Elle ne comprend rien ! Ah ! Ces Français ! Moi, ça me fait revivre !

Promenades parisiennes de Zapolska – Salle Pirandello aux Ulis – 14.5.2011)

dimanche 8 mai 2011

Lectures / Conférences

Photo : Anna Kowalska
Muzeum Literatury - Warszawa

Au plaisir de vous rencontrer ou de vous retrouver très bientôt,
pour une lecture, le lundi 9 mai,
pour une conférence , le jeudi 12
________________________________________


lundi 9 mai à 19 heures
Théâtre du NORD>OUEST
Durée : environ une heure - Entrée : 6 €
13, rue du Faubourg-Montmartre - Paris 9e
Métro : Grands-Boulevards


SE SOUVENIR ET TRANSMETTRE
Lecture de textes de Frédéric BRUN


PERLA
Goncourt 2007 du premier roman
Un hymne à sa mère, déportée et qui avait survécu à Auschwitz. C’est un livre sur l’amour, la naissance, la mémoire et la transmission. Le narrateur se sent attiré par Novalis, Hölderlin, Schlegel et se pose la question : comment l’Allemagne a-t-elle pu engendrer la poésie la plus pure et la barbarie la plus totale ?

UNE PRIÈRE POUR NACHA
Prix 2010 des Écrivains croyants
Élevé sans tradition religieuse – la mémoire de la branche juive de sa famille ne lui a pas été racontée – éduqué par un père chrétien, cet ouvrage sur la sœur de sa mère est l’occasion d’une autre quête encore : sur les racines de ses ancêtres, à Olkusz, son village natal de Pologne, notamment. Revient le thème de la transmission : Que peut-on encore transmettre dans la mémoire neuve de ses enfants ? Mais aussi – Maimonide ou Spinoza peuvent-ils faire un pont, à cet égard ? – celui d’une espérance à la croisée des religions.
________________________________________


jeudi 12 mai à 18 heures 30
Société Historique et Littéraire Polonaise
Durée : environ une heure
Entrée libre après réservation dans la limite des places disponibles :
01 5542 9929 ou w.zahorski@bplp.fr
Bibliothèque Polonaise de Paris
6, quai d'Orléans (Île Saint-Louis) - Paris 4e
Métro : Pont-Marie, Saint-Paul


LA RÉVOLUTION DU THÉÂTRE MODERNE
Antoine et Zapolska - Regards franco-polonais
Martine de Rougemont et Elżbieta Koślacz-Virol


André ANTOINE (1858-1943)
Considéré comme l’inventeur de la mise en scène moderne en France. A 29 ans, il fonde le Théâtre Libre - une société de spectateurs sur abonnement, pour échapper à la mainmise du "théâtre de boulevard". Il impose un nouveau style de mise en scène : produire une "tranche de vie", décors réalistes, des acteurs qui vivent le personnage, abandon du cabotinage... Il s’ouvre à des écrivains du courant naturaliste français, ainsi qu'à Ibsen, Strindberg, Hauptmann, Tolstoï, Tourgueniev... En 1897, il dirige le Théâtre Antoine et, à partir de 1906, celui de l'Odéon.

Gabriela ZAPOLSKA (1857-1921)
Née en Volhynie. Après un mariage malheureux, elle commence à jouer dans des troupes itinérantes de la Pologne partagée. Sa famille réprouve sa conduite et l'envoie à Paris où elle séjourne de 1889 à 1895. Elle y rencontre Antoine et joue quelques années sous sa direction, ainsi qu'au théâtre symboliste de L'Œuvre. Elle est également en contact avec le milieu de la peinture. Sa correspondance épistolaire et ses chroniques dans la presse constituent un témoignage remarquable à cet égard. Après son retour en Pologne, elle remonte sur scène puis, à partir de 1900, se consacre à la formation d'acteurs et à l'écriture. Installée à Lvov en 1904, vient la période pendant laquelle on lui doit ses meilleures pièces. C'est dans cette ville qu'elle mourra et où elle sera enterrée.

________________________________________


A noter par ailleurs :

La SEMAINE EUROPÉENNE, organisée par la Ville de Montrouge du 9 au 14 mai et consacrée à la Pologne, notamment à Marie Skłodowska-Curie. Le mercredi 10 mai à 20h30 dans les Salons de l'Hôtel de ville, j'y introduirai un concert dédié à Frédéric Chopin avec des extraits de l'ouvrage que son ami et interprète, Franz Liszt, a écrits à son sujet.

Une lecture-spectacle sur les PROMENADES PARISIENNES DE GABRIELA ZAPOLSKA, à l'initiative de l'Association Franco-Polonaise des Ulis, le samedi 14 mai à 16 heures (MPT de Courdimanche - Renseignements : 01 6928 1384 - 06 0310 5646 - 01 6907 4804).

... Et que l'exposition GABRIELA ZAPOLSKA - ZBUNTOWANY TALENT, inaugurée le 14 avril dernier au Muzeum Literatury (Rynek / Stare Miasto / Warszawa) se poursuit jusqu'au 17 juillet. Très bien organisée et présentée, avec un superbe album / catalogue d'une centaine de pages, entièrement bilingue, en polonais et en français, grâce à la collaboration de l'Ambassade de France et de l'Institut Français de Varsovie. (http://muzeumliteratury.pl/)

samedi 26 mars 2011

Promenades parisiennes (6-F)


Cet article est le dernier d’une série consacrée au séjour parisien de Gabriela Zapolska (1889-1895), rédigée à l’occasion d’une exposition consacrée à cette femme de lettres, journaliste et actrice (Musée de la Littérature, Varsovie, d’avril à juin 2011).

S’adressant à un public dont les références et les attentes diffèrent parfois, cette version en français (1-F, 2F…) ne reprend pas exactement ce que l’on trouve dans la version polonaise (1-PL, 2-PL…), publiée il y a quelques semaines. On remarquera par ailleurs que plusieurs extraits sont déjà disponibles sur ce bloc-notes, depuis mi-2009 (parfois même depuis fin-2008) : ils avaient servi d’introduction à une lecture-spectacle sur ce même sujet, début septembre 2009, à l’Entrepôt, à Paris.

Artykuł ten dotyczy pobytu Gabrieli Zapolskiej w Paryżu miedzy 1889 i 1895 rokiem i jest jednym serii, którą opublikuję w niniejszym blogu, w wersji polskiej (1-PL, 2-PL… w lutym) oraz francuskiej (1-F, 2-F…), pisany z myślą o wystawie poświęconej Zapolskiej pisarce, aktorce i dziennikarce (Muzeum Literatury, Warszawa, od kwietnia do czerwca 2011 r.).

L’appartement du 4 de la rue Tourlaque
J’aime beaucoup mon appartement de la rue Tourlaque : mon salon est ravissant, rouge foncé, un grand bureau sculpté, une chaise longue chinoise, brodée, la bibliothèque, des chaises turques, des fauteuils en marbre de Tonkin, les nombreux petits tapis orientaux. Dans le salon il y a une grande fenêtre double colorée, sertie du plomb. Ma chambre à coucher est en style anglais. Sur les murs, un papier vert clair avec un motif de roses près du plafond. Au-dessus du lit, des rideaux blancs, en mousseline. Aux fenêtres, de grands rideaux blancs, une chaise-longue en rotin, un fauteuil et des tablettes. La salle à manger est tapissée d’une laine jaune d’or – le plafond aussi. Le buffet et l’armoire sont bretons ; le tapis couleur saphir ; et les tabourets sculptés ; la toilette rouge avec des éventails. J’ai envie d’y installer une baignoire, car j’ai le gaz au cabinet. L’appartement est propre, clair et agréable.

Je vis dans la plupart de temps avec des Français : des peintres, des sculpteurs, des journalistes, des écrivains… Ah ! Quelles soirées agréables ! Quelles soirées ! Les gens qui viennent chez moi, discutent entre eux, boivent du thé, du cognac. Le feu brûle dans la cheminée, on discute de tout, l’esprit se forme, se développe… aucun ragot, aucune méchanceté ni colère, aucune prise de bec à propos de l’art. Ce qui me change de ce que je connaissais autrefois.

Nostalgie
Moi, allongée sur une chaise longue, je leur réponds et doucement, tout doucement, ma pensée s’envole, s’enfuit pour revenir… vers mon pays. Et, là-bas, elle vagabonde, captive des larmes que j’y ai répandues et n’arrivant jamais à dénicher dans mon passé un tant soit peu de clarté. Ce qui ne l’empêche pas de revenir sans cesse là-bas et d’y errer comme un chien parmi les décombres ou comme un enfant dans un cimetière.

Pour chercher qui ? Des larmes ! C’est tout ce qu’il y a… Ici je ne pleure pas. En revanche, j’ai sur le cœur une sorte de carapace sous laquelle il y a une blessure très douloureuse. Et savez-vous, que dans les moments pourtant les plus heureux en apparence, il y a toujours quelque chose qui me fait mal au fond de l’âme, au point que toute ma joie s’anéantit. Comment une telle blessure n’arrive-t-elle jamais à se refermer ? Tiens, les larmes me viennent soudainement aux yeux ! Mes premières larmes à Paris, presque. De plus en plus je pense d’aller à Varsovie, rien que pour un bref séjour. Mon futur mari, Paul Sérusier est d’accord. Je vais y chercher quelques documents pour mon futur roman.

De la neige à Paris
Oh ! La neige ! C’est ma première neige à Paris. Je suis couchée et, de ma fenêtre, je vois le toit tout blanc, une ligne blanche qui recouvre les branches des arbres, une couche blanche sur le rebord du balcon. Et, dans l’air, des flocons blancs qui voltigent… qui voltigent…

En se penchant pour mieux voir, Hortense, ma bonne, s’est écriée : Oh : Quelle neige ! Elle ne comprend rien ! Ah ! Ces Français ! Moi, ça me fait revivre ! Je vais mettre des bottines et, à petits pas, je vais aller au musée de l’Opéra. La neige va se poser sur le bout de mon nez. La neige continue de tomber et tout devient plus blanc. Je m’imagine que je suis à nouveau dans mon pays. Je préfère cette illusion à la réalité.

La neige ! La neige ! Des bandes de voyous, en chemises de mariniers et portant des pantalons déchirés, courent le long des boulevards en poussant des cris, à qui hurlera le plus fort. Les milliards de flocons de neige les poursuivent en nuées qui s’éparpillent et virevoltent, s’accrochant à leurs casquettes trouées.

Des commis s’élancent, qui répandent du sel et des copeaux de bois en abondance sur les trottoirs. Des hauteurs de Paris, descendent lentement les chevaux qui tirent les tramways et les omnibus. Ils s’alignent en rang devant des stations d’arrêt. Ils demeurent ainsi, calmes, la tête penchée, indifférents et apathiques, face au danger qui les menace. Il y en a qui ne sont pas ferrés : ils glissent, tombent et des jambes se cassent… Ce qui provoque un attroupement de curieux qui, en donnant des coups de poing, cherchent à se frayer un chemin parmi la foule. De nouveau, une rangée de chevaux descend des hauteurs des rues de Maubeuge, Clichy, Rochechouart, et Fontaine.

Venant de l’avenue de Bois de Boulogne, des voitures de cocottes arrivent les unes après les autres. On les remarque par leur attelage correct, au profil sombre des laquais assis sur leurs bancs. Elles sont noyées parmi des amas de fourrures et s’appuient, affalées, sur les coussins qui tapissent l’intérieur des voitures. Les carrosses poursuivent leur chemin pour s’arrêter devant le Café Riche, Bignona, la Maison Dorée, le Café Américain, leurs vestibules et leurs tapis. Sitôt la portière ouverte, les femmes s’élancent au milieu d’un bruissement de dessous de soie, happées par un faisceau lumineux, tels des papillons de nuit, pour s’y plonger avec plaisir et volupté.

Fin du séjour parisien
Je joue d’autres rôles, au Théâtre Libre d’Antoine et au Théâtre de l’Œuvre de Lugné-Poe. J’écris toujours, et même pour La Revue Blanche, en français… Avant mon voyage à Varsovie, j’ai encore à préparer le rôle de la Femme aux Rats, dans le Petit Eyolf d’Ibsen que je vais jouer au Théâtre de L’Œuvre. Je compte revenir bientôt à Paris – car Sérusier m’attend.

Pendant ces six années à Paris, j’ai beaucoup appris : à sentir, à penser, à regarder le monde et l’art, l’évolution sociale, et à trouver le sens de l’existence. Qui étais-je avant ? Une machine sans intelligence, poussée au gré des vents et de mes éditeurs… En un mot, je suis devenue un être humain.

vendredi 25 mars 2011

Promenades parisiennes (5-F)


Cet article fait partie d’une série consacrée au séjour parisien de Gabriela Zapolska (1889-1895), rédigée à l’occasion d’une exposition consacrée à cette femme de lettres, journaliste et actrice (Musée de la Littérature, Varsovie, d’avril à juin 2011).

S’adressant à un public dont les références et les attentes diffèrent parfois, cette version en français (1-F, 2F…) ne reprend pas exactement ce que l’on trouve dans la version polonaise (1-PL, 2-PL…), publiée il y a quelques semaines. On remarquera par ailleurs que plusieurs extraits sont déjà disponibles sur ce bloc-notes, depuis mi-2009 (parfois même depuis fin-2008) : ils avaient servi d’introduction à une lecture-spectacle sur ce même sujet, début septembre 2009, à l’Entrepôt, à Paris.

Artykuł ten dotyczy pobytu Gabrieli Zapolskiej w Paryżu miedzy 1889 i 1895 rokiem i jest jednym serii, którą opublikuję w niniejszym blogu, w wersji polskiej (1-PL, 2-PL… w lutym) oraz francuskiej (1-F, 2-F…), pisany z myślą o wystawie poświęconej Zapolskiej pisarce, aktorce i dziennikarce (Muzeum Literatury, Warszawa, od kwietnia do czerwca 2011 r.).


Congrès international des Femmes – 1892
Hier, je suis allée sur l’autre rive de la Seine où, en face de l’Église Saint Sulpice, dans la salle de la Mairie, se déroule un Congrès international des Femmes. En tant que journaliste, j’ai été placée dans une tribune, entourée d’hommes – des journalistes : et j’observe ce qui s’y passe.

Je ne connais, hélas, que trop bien, la condition dans laquelle se trouvent des femmes à notre époque. Les héroïnes de mes romans, de mes pièces du théâtre et de mes nouvelles expriment leur douleur et leur désarroi devant tant d’injustices qui leur sont faites.

Le Congrès se déroule dans une salle longue et étroite où les portes largement ouvertes laissent passer un rayon de soleil. Sur la petite table j’aperçois un bouquet du muguet et de roses. Derrière l’estrade sont assises les deux initiatrices du Congrès : Madame Maria Szeliga-Loevy – la Secrétaire de l’Union universelle des Femmes et Madame Potonnié-Pierre – cette dernière a structuré la Fédération Française qui rassemble en son sein tous les groupes et toutes les associations féminines – ce qui couvre de nombreux domaines.

Parmi les autres participantes : Marie Deraismes, qui préside, une clochette à la main ; Clémence Royer, traductrice de Darwin ; Marie Popelin qui est docteur en droit ; Madame Blanche Edwards, docteur en médecine ; Madame Morsier, qui lutte contre la prostitution ; Mademoiselle Stefania Feindkind de Varsovie, étudiante en médecine, la meilleure élève de Charcot ; Madame Léon Becquet, la fondatrice d’un refuge pour femmes enceintes qui se trouve avenue du Maine ; ainsi que Madame Valette qui est journaliste et militante.. Il y a aussi des Finlandaises, des Anglaises, des Allemandes, des Roumaines, des Françaises, des Italiennes… Je remarque qu’il y a bon nombre d’hommes.

La salle est comble. A un moment des débats, le bruit commence à s’amplifier. Un cri retentit. C’est de la recherche en paternité qu’il s’agit – question soulevée à la tribune et qui provoque un ouragan de protestation de la part de quelques hommes. Ils prennent passionnément part à ce débat en envahissant l’estrade, en justifiant leurs comportements de Don Juan qui ne sont pas sanctionnés, et leurs passades, d’un seul jour parfois, dont il ne leur reste… qu’un souvenir – chose d’une poésie ineffable – alors qu’aux femmes il ne reste souvent que les larmes, le désespoir, la maladie, la misère et… l’enfant.

La bagarre en est arrivée au point où Renée Marcil s’est ruée sur un type qui était parvenu à se hisser sur l’estrade et qui invectivait l’assistance, en traitant tout le monde de lâches. On a réussi à rattraper Renée Marcil et à la retenir. Elle s’est mise à pousser des cris de putois, à hurler, et à distribuer des coups de poings à droite et à gauche. Même Szeliga en a reçu un dans la mâchoire. Le dénommé du Bellay, celui qui avait provoqué la colère de Marcil, s’est saisi du parapluie de Rojecka et attendait sur la défensive. C’était à mourir de rire !

C’est Mlle Popelin qui présidait à ce moment-là (elle est avocate – doux Jésus, je ne lui aurais jamais confié la moindre d’affaire), mais personne ne l’écoutait. Quelle histoire ! Les femmes se querellaient entre-elles, poussaient de cris aigus, s’invectivaient. Les hommes se moquaient d’elles et, les uns après les autres, grimpaient sur l’estrade pour y semer la pagaille. J’étais au septième ciel ! Dans la salle où se tenait dans les 3 000 personnes, ça criait, ça rigolait, ça hurlait…

Ce Congrès n’a pas été un risible rassemblement de femmes en guerre contre les hommes. Oh ! Que non ! C’était une réaction et une révolte contre l’oppression qui frappe l’humanité tout entière. Prostitution et Recherche en Paternité – tels ont été les deux temps forts de ce Congrès. On y a, par ailleurs, protesté contre les guerres, on s’est aussi occupé d’analyser le problème de l’inégalité des salaires que les femmes reçoivent pour leur travail, par comparaison avec celui des hommes, on a voté pour que plus de crèches soient ouvertes, afin de faciliter l’éducation des enfants par leur mère et, en autre, pour éviter des infanticides et des abandons. Ce Congrès avait pour objectif d’améliorer le sort des femmes. Il va de soi que l’on n’y est pas totalement arrivé. Le devenir de la libération des femmes est trop lié à l’évolution de l’humanité dans son ensemble !

Zapolska et les peintres de l’époque
J’habite maintenant près du cimetière de Montmartre. De la Place Clichy, allant à gauche du boulevard, il y a la grande rue Caulaincourt, à côté, plus petite, la rue Tourlaque. C’est là où j’habite, au numéro 4, au 3ème étage. J’ai un bel appartement pour lequel je paye 700 francs. Tout près, au numéro 7, Toulouse-Lautrec a son atelier.

Antoine, mon directeur du Théâtre Libre, m’a proposé une excursion en Bretagne, avec lui et avec sa dame. C’est là où j’ai passé mes vacances, j’y ai rencontré Paul Sérusier et un groupe de Symbolistes. Ces peintres portent des sabots et des habits de paysans, fument la pipe et discutent sans cesse de tons et de couleurs. Ils se sont eux-mêmes appelés Nabis. Aux Salons de Peinture, au Champ de Mars ou aux Champs-Élysées, leurs tableaux me faisaient rire, alors que mon ami Stefan les regardait avec sérieux. J’ai sympathisé avec ces peintres et j’ai assisté à des scènes de leur vie et à leur manière de concevoir leurs tableaux.
 
Paul Sérusier
La présence de Paul Sérusier dans ma vie a été une expérience formidable. Il m’a appris à regarder autrement la peinture… et ne plus avoir peur de la mort. J’ai écouté ses théories le jour et la nuit. Nous pensons parfois à nous marier. J’aime la peinture. Moi-même, à l’époque, je me suis acheté une boite de couleurs et j’ai peint quelques croûtes – on dirait des paysages – tout bleus car la mer est bleue, bien que verte par endroit. Plus je contemple cette étendue d’eau, plus je suis convaincue qu’aucun peintre n’arrivera à bien la rendre sans utiliser les couleurs or et argent. Sérusier me parle souvent de la peinture. Nous jouons même ensemble au Théâtre Symboliste de Lugné Poe.

Paul Gauguin
Maintenant, je connais leur histoire : au début, les Symbolistes étaient une petite poignée. Au cours de l’Exposition Universelle, ils ont organisé une petite exposition dans un modeste café : c’est de cette manière qu’ils ont attiré l’attention du public. Le nom de Symbolistes leur a été donné par un groupe de poètes qui portaient déjà ce nom et qui ont trouvé que ce genre de peinture dénotait une filiation commune à ce qu’il y avait dans leurs œuvres. Gauguin, leur chef de file, a consenti à cette dénomination : celle-ci s’est imposée depuis.

Gauguin a commencé comme Impressionniste mais il est parvenu à quelque chose de plus parfait : il manquait un style à l’art contemporain. Mais ne voulant pas imposer à tous un seul style, il a souhaité que chaque artiste fasse sortir de son âme le style qu’il avait en lui.

Vincent Van Gogh
Quant à Van Gogh, c’était un artiste doté d’une fantaisie folle et d’un tempérament, un coloriste dont la richesse des couleurs éblouit. Éprouvé de son vivant dans son corps par la maladie et par le dénuement, il possédait un esprit puissant, qui rassemblait en lui-même presque toutes les écoles de peinture. Laissant la bride à son tempérament ardent et flamboyant, il a regardé la nature à travers ce prisme. Il s’est élancé vers la lumière, vers des lueurs aveuglantes et, tout à coup, il s’est enfoncé dans l’obscurité… il est devenu fou ! Qu’est-ce que la folie – Qu’en savons-nous ? Le génie et la folie ne sont-ils pas du même lit ? Sur leurs ailes, les génies portent le monde vers la lumière et aucune camisole n’en a entravé les ailes ! Les ailes de Van Gogh nous ont livré plusieurs dizaines de toiles où il ne s’agit pas d’une «imitation parfaite» de la nature mais où nous devinons, en les regardant, comment lui, Van Gogh, voyait la nature.

Une toile de Van Gogh, j’en ai une qui est accrochée dans mon atelier – un joyau qui, dans quelques dizaines années, n’aura pas de prix. Mon appartement se transforme peu à peu en un musée. J’ai aussi des toiles de Gauguin, Maurice Denis, Vuillard, Anquetin, des sculptures en bas-relief. Il me manque des murs pour les accrocher et six toiles sont dans mon cabinet de toilette, en attendant des jours meilleurs, quand j’aurai un appartement plus grand. J’ai un grand tableau que m’a donné Antoine – entièrement peint avec des points – cela va faire sensation à Varsovie lorsque je m’y rendrai. J’aimerais maintenant avoir l’un des tableaux de ces Symbolistes, peint en trois couleurs seulement et qui représente de petits monstres.